Groupe de travail CPAS : premières démarches et rencontres

Les premières démarches et rencontres : observations et précisions

Après avoir rencontré et longuement interviewé quelque huit personnes, dont des élus communaux, des assistantes sociales de la coordination sociale, des membres du conseil du CPAS, un ancien chef de cabinet (CPAS) et la présidente, nous avons pu obtenir une image plus précise de la question.

Au cours de ces démarches, nous avons recueilli quelques observations qui nous ont semblé stratégiques.

  • Le dossier CPAS est un dossier complexe, difficile, à enjeux multiples et propice à des « règlements de compte » entre f(r)actions politiques, tant celles de la majorité que celles de l’opposition. Il y a un jeu (enjeu ?) subtil en cours non seulement pour accuser la gestion actuelle de l’institution mais aussi pour changer les orientations de la politique sociale de la commune, jugée comme « trop » sociale et pour instaurer une orientation franchement plus à droite : trop d’assistés, trop de chômeurs, abus du système, etc. La gestion déficiente serait alors aussi un prétexte idéal pour radicaliser ( !) et instaurer une politique franchement plus à droite, conservatrice, etc…Ce courant est bien présent tant dans les partis de la coalition au pouvoir (Défi-Ecolo) que dans les partis de l’opposition. Cela n’autorise pas à fermer les yeux sur les difficultés actuelles tant du personnel du CPAS que de ceux qui bénéficient des services de cette institution.

En clair : nous devons rester vigilants pour que la lutte pour un meilleur service public ne mène pas à la liquidation du dit service … ou du moins de son orientation « politique » telle qu’elle était par. ex. formulée dans le texte de l’accord de la majorité (p. 20).

  • De la discussion de ces différentes informations, il appert qu’il est bien nécessaire de poursuivre le recueil d’informations tant pour arriver à mieux entrevoir les difficultés de la mission actuelle d’une institution qui a comme objectif annoncé de « développer une vision émancipatrice de l’action sociale » que pour comprendre les griefs et récriminations qui surgissent au sein et/ou autour de cette institution.
  • Le groupe de travail se pose la question de l’aboutissement de toutes ces démarches et de l’utilisation politicienne qui pourrait être faite de nos interventions. Il est clair que nous souhaitons uniquement agir en fonction des intérêts des allocataires sociaux et certainement pas faire le jeu d’un parti ou d’un autre. Il faut donc être très prudent. Par ailleurs, même si la présidente semble avoir des comportements inadéquats, il ne faut pas contribuer à en faire une victime qui dédouane les autres responsables communaux de toute responsabilité.
  • D’une manière générale, il convient de nous limiter à notre rôle traditionnel de vigilance démocratique et de diffuser de l’information sur ce qui va être entrepris par la commune pour redresser la situation dans le sens des objectifs politiques annoncés et sur les résultats tangibles de ces actions de redressement.

En juin 2016, nous tentons une première synthèse des éléments qui pourraient éclairer une information ou un « débat citoyen » sur la question soulevée à l’époque par notre communiqué de presse.

  1. Un héritage complexe et difficile, une augmentation considérable du travail et un durcissement de la politique fédérale et générale vis-à-vis des personnes pauvres et précarisées

1.1.   La reprise en main de cette institution communale, voici 15 ans, ne fut certes pas facile. La gestion antérieure subissait plusieurs maux persistants : clientélisme politique, gestion peu transparente, retards considérables dans la gestion financière, etc.

A porter au crédit de la direction actuelle (depuis plus de 12 ans maintenant): des efforts pour assainir la situation et pour mettre en ordre les choses : fin du clientélisme, rattrapage de la gestion financière.

1.2.  Depuis plusieurs années, la demande d’aide et d’assistance a considérablement augmenté. De 3.500 demandes annuelles d’aide en 2006, le nombre est actuellement de plus de 7.000. Cela entraîne une augmentation de la charge de travail et du budget :

  • plus de 60.000 décisions /aide par an
  • un nombre important de dossiers par AS : 180 à 200
  • un allongement des délais entre la demande la décision et l’aide reçue
  • une augmentation du personnel : actuellement 900 personnes dont 450 administratives CPAS
  • une augmentation du budget annuel (doublé depuis 2006) pour un montant actuel de 140 millions €, dont 35 proviennent de la commune.

1.3.   Les deux gouvernements fédéraux successifs ont considérablement renforcé la « chasse aux pauvres ». Plutôt que de combattre la pauvreté et la précarisation, ce sont les victimes qui sont visées. Pour celles-ci, le nombre de contrôles, de démarches à faire, de documents à produire devient démentiel. Ceci entraîne du même coup, une surcharge de travail pour le personnel du CPAS. Le taux de remboursement fédéral au CPAS dépend en effet de la production de ces dossiers.

  1. Une gestion interne améliorable ?

2.1.  Devant ce surcroît de travail, la centralisation des services opérée actuellement sur un seul site (boulevard Reyers) semble répondre au souhait exprimé depuis longtemps par la présidente.

2.2.   Les délais entre la demande d’aide et l’obtention restent considérables et semblent généralisés dans plusieurs CPAS en RBC. Le service social généraliste de première ligne ne répond que fort tardivement (entre six à dix semaines), bien au-delà des délais légaux prévus.

2.3.   Le « dossier unique » par personne demandant de l’aide ou de l’assistance ne semble toujours pas réalisé. Si, individuellement, la majorité du personnel est compétent, voire très compétent, ce personnel est obligé de travailler avec un nombre incalculable de logiciels différents au sein de cette même institution.

2.4.   La charge de travail par AS est considérable (voir plus haut). Même si, à terme, le nombre de dossier à traiter passe à 140/150, c’est encore le double de ce qu’un(e) AS devrait traiter. Certains services fonctionnent mieux (jeunesse, insertion professionnelle) mais d’autres beaucoup moins (cellules logement, énergie).

2.5.   Nous ne sommes pas parvenus à nous faire une idée précise sur la manière de gérer le personnel. Des critères comme le taux d’absentéisme, de burn-out, maladie, etc. nous restent inconnus. Un audit serait en cours. Les résultats seront-ils communiqués aux conseillers ? Nous l’ignorons.

  1. Une direction « engagée » mais des plus autoritaires et imprévisibles

La concordance des informations reçues à ce sujet est manifeste. La difficile délégation des responsabilités, le non-respect des décisions prises, l’imprévisibilité des mesures à prendre, les préférences et méfiances pour certaines personnes, pèsent lourdement sur l’équipe dirigeante.

Les décisions récentes prises par la majorité actuelle d’encadrer la direction par deux autres personnes, devraient sans doute améliorer la situation.

 

Pour DS, quelques pistes suivre à ce stade de notre enquête ?

  • Si nous nous référons au Programme de la majorité, Mandature 2012-2018 (p.20), nous trouvons pas moins de 9 points pour « un CPAS mobilisé et efficace dans l’action sociale, qui développe une vision émancipatrice de l’action sociale et des actions qui la soutiennent ».

Il serait possible, voire souhaitable, de pouvoir évaluer les progrès ou les régressions sur ces points sur base d’objectifs (précis, mesurables, …). Nous sommes actuellement incapables de mesurer l’écart entre ces objectifs et les résultats.

  • Cette institution communale, comme « dernier filet de protection » pour toutes et tous, a une importance stratégique comme instrument de lutte contre la précarité et la pauvreté. Les questions d’émancipation et de cohésion sociale ont aussi des racines locales et territoriales. La sauvegarde de ce « patrimoine commun » et le déploiement de ces activités relèvent de l’engagement de la communauté (citoyenne) locale.

En vue des prochaines élections communales (en 2018), il serait peut-être temps de s’en rendre compte.